Une discipline de la survie

Le ninjutsu : une discipline médiévale de la survie

Le Ninjutsu est un ensemble de pratiques visant la survie de l’individu dans des situations hostiles[1]  : diététique, stratégie militaire, météorologie, art de la dissimulation, pharmacologie (poisons, médicaments), escalade, nage, équitation, fabrication d’armes et d’outils, tir à l’arc etc.

Ce n’est donc pas seulement un art martial : ce n’est ni un bujutsu (techniques de guerre), ni un budô (techniques de combat en temps de paix relative), ni un sport (avec des règles et des compétitions).

C’est pourquoi le Ninjutsu ne cherche pas à affronter le danger : il cherche à l’anticiper, à le devancer et à l’éviter.Si le samouraï disposait d’un code de conduite rigide pouvant exiger qu’il meure pour l’honneur, le ninja avait pour objectif principal de réussir ses missions. Or mourir impliquait souvent l’échec de la mission : obtenir des informations, créer la confusion dans l’armée adverse, extraire une personne d’un château etc.

L’observation, le secret et la ruse y jouent un rôle prédominant.

 

Le Budo Taijutsu : la partie martiale du ninjutsu

Désormais, le ninjutsu n’est plus enseigné dans son ensemble. Mais une grande partie des principes et des techniques de combat avec et sans armes l’est encore sous le terme de Budo Taijutsu, enseigné dans les dojos du Bujinkan.

Ces connaissances ont été secrètement transmises de maître à élève jusqu’en 1972, année où Masaaki Hatsumi a commencé à les rendre publiques en les regroupant sous l'appelation Bujinkan. Elles proviennent de 9 écoles traditionnelles ayant été créées pour la plupart entre le 12ème et le 16ème siècle. A cette époque, le Japon n’était pas un pays unifié. Il était constitué de provinces pour lesquelles de multiples seigneurs de guerre luttaient continuellement les uns contre les autres. C’est l’époque où les samouraïs combattaient en armure, à cheval, avec des lances, des hallebardes, des arcs etc.

C’est lors de cette période de guerres incessantes qu’ont été mises au point les techniques que nous étudions ici.

 

Le Budo Taijutsu : esprit et pédagogie

En tant que discipline de survie, le ninjutsu n’enseigne pas à gagner un combat, mais plutôt à ne pas le perdre : il s’agit donc avant tout d’éviter le combat. Si le combat est inévitable, il faut le gagner rapidement et avec tous les moyens possibles. Cela suppose notamment une utilisation non conventionnelle d’objets usuels (stylo, corde, clés, balai etc) et d’armes conventionnelles.

Pouvoir s’adapter à toutes les situations sans a priori requiert une certaine ouverture d’esprit. A ce titre, on montre une grande variété de techniques au pratiquant (plusieurs milliers) sans chercher à les connaître par cœur, donc sans les répéter souvent pour ne pas créer d’habitudes prévisibles. L’objectif final du pratiquant est de comprendre les principes qui sous-tendent ces techniques, de se les approprier, puis de les adapter à son propre besoin, à ses capacités physiques et mentales, au contexte dans lequel elles sont appliquées.

En effet, une guerre peut durer des jours entiers, et un affrontement réel peut se dérouler sur des terrains glissants, en pente, avec un lourd sac à dos, avec des attaques surprise etc. Par conséquent, le budo taijutsu a pour objectif de permettre à ses pratiquants de se défendre même s’ils sont fatigués, malades ou vieux, s’ils n’ont pas la place de bouger (ascenseur) ou qu’ils ne sont pas très mobiles (sac à dos de 20kg, armure) etc.

Par ailleurs, pour se donner les moyens de comprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, pour pouvoir voir ses erreurs, on travaille souvent lentement et sans force.

 


[1] Une définition plus rigoureuse du Ninjutsu proposée par Kacem Zoughari[1] est la suivante :

« Le Ninjutsu est un ensemble de techniques évolutives qui permet de faire face à la vie (donc de s’adapter à toutes les situations dangereuses ou pas) par le biais d’une discipline physique et psychique, orientée vers la survie où l’on utilise les armes orthodoxe de manière non orthodoxe ».

Kacem ZOUGHARI, "Ninpo, Ninjutsu: L’ombre de la lumière", Guy Trédaniel Editor, Paris, 11/2003.

Kacem ZOUGHARI est l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de l’histoire et de la pratique du ninjutsu.